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Andalousie : 2000 ans d’architecture
Par Sandrine Bavard

Quand on pense à l’architecture en Andalousie, une image vient immédiatement en tête : le mariage réussi du style islamique et de l’art occidental, comme à l’Alhambra de Grenade ou à la mosquée-cathédrale de Cordoue. Des ruines romaines aux édifices du XXe siècle, nous vous proposons un voyage à travers plus de 2000 ans d’architecture.
En Andalousie, l’architecture est très riche, reflétant les vagues successives des peuples qui l’ont habitée : romains, wisigoths, musulmans… Souvent, les nouveaux occupants se sont inspirés de leurs prédécesseurs, fusionnant à merveille les styles. Les édifices, remaniés au fil du temps, portent souvent la marque de différentes périodes, ce qui leur donne tout leur charme.

L’époque romaine

Les Romains conquièrent l’Andalousie au IIe siècle avant J.-C. et en font l’une des régions les plus riches de l’empire en dehors de l’Italie. Ils construisent de riches demeures patriciennes et des édifices publics en marbre, érigent des sculptures à la gloire des empereurs et des dieux, décorent leurs bâtiments de mosaïques multicolores comme à Rome.
Parmi les villes les plus importantes, Baelo Claudia dans la province de Cadix : un site splendide, entre mer et montagne, qui donne une vision complète de l’urbanisme romain grâce à ses nombreux vestiges.
Les ruines romaines d’Italica, la ville qui a vu naitre les empereurs Trajan et Hadrien, sont visibles à Santiponce : la ville possédait l’un des plus grands amphithéâtres de l’Empire, capable d’accueillir 25 000 personnes.
A Acinipo, à 20 km de Ronda, on peut encore admirer le théâtre, le forum et les thermes romains.
Autre monument remarquable : le pont romain de Cordoue, sur la via Augusta, qui enjambe le Guadalquivir, avec ses 16 arches.

L’art d’Al-Andalus

Entre 711 (premier débarquement des musulmans en Espagne) et 1492 (prise de Grenade par les rois catholiques), l’Andalousie est sous domination musulmane. Les califes qui vont se succéder pendant huit siècles auront à cœur de célébrer l’idéal esthétique de l’Islam en construisant des palais, des mosquées, des jardins, des hammams, des portes fortifiées, tous édifices aussi splendides les uns que les autres.
Comment ne pas évoquer la Grande Mosquée de Cordoue, merveille de l’art des Omeyyades ? Elle résume à elle seule l’héritage des peuples qui se sont succédés en Andalousie : d’abord temple romain, puis église, puis mosquée et enfin cathédrale. On y déambule parmi plus de 800 colonnes de marbre, entre des rangées d’arcades, avec à la fois des arcs en plein cintre et des arcs en fer à cheval, alternant pierre blanche et brique. L’ornementation est somptueuse : stucs richement ciselés et mosaïques aux motifs géométriques.
Le site de Madinat al-Zahra est également une fière représentation de cette période faste durant laquelle le Calife Abd al-Rahman III ordonna la construction de cette ville-lumière à quelques kilomètres de Cordoue, en 936.
Et à Séville, le monument religieux emblématique est la Giralda, minaret reconverti en clocher de la cathédrale, que l’on doit à la dynastie des Almohades.

Comment ne pas citer l’Alhambra de Grenade, la "citadelle rouge" en arabe, un ensemble de palais, de tours, de jardins, de patios, d’une splendeur sans égale construit par la dynastie des Nasrides ? Hier, comme aujourd’hui, elle fascine les visiteurs, à l’image de Victor Hugo qui célèbre dans "Les Orientales" cette "Forteresse aux créneaux festonnés et croulants/Où l’on entend la nuit de magiques syllabes/Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,/Sème les murs de trèfles blancs." Les palais nasrides, notamment, émerveillent le visiteur par leur raffinement : colonnes en marbre, chapiteaux colorés, stuc ciselé de motifs végétaux, calligraphie arabe, plafonds en bois précieux, jeux de perspective et de lumière…

L’art mujédar

Les rois chrétiens engagés dans la reconquête des territoires musulmans prennent Cordoue et Séville au début du XIIIe siècle. Ils autorisent la population musulmane à rester sur place, et, souvent admiratifs de son art, ils font même appel à elle pour construire leurs édifices. C’est ainsi qu’est né l’art mudéjar, synthèse de l’art islamique et occidental, que l’on retrouve uniquement en Espagne.
Il se traduit dans le choix des matériaux (brique, plâtre, bois, céramique…), les techniques de construction (arc en fer à cheval, arc brisé, toiture en bois) et les motifs décoratifs (arabesque, faïence, alfiz, motifs végétaux…) représentatif de l’art islamique. Il saura s’adapter au fil du temps aux évolutions de l’art occidental : le roman, le gothique, la Renaissance.
Parmi les plus beaux exemples de cette architecture, on trouve le Real Alcazar de Séville, ancien palais almohade, transformé en résidence royale par Pierre Ier le Cruel, mais aussi l’Alcazar de Cordoue, avec ses murailles et tours d’inspiration almohade, et ses somptueux jardins et fontaines.

Le gothique andalou

Le gothique arrive à la fin du XIIe siècle en Espagne et parvient plus tard en Andalousie. La cathédrale de Séville, le plus grand édifice gothique d’Europe, édifié en 1401 et achevé un siècle plus tard, impressionne par son gigantisme. Les artistes d’Europe du nord, sollicité par les rois castillans, apportent leur touche de gothisme flamboyant : piliers fasciculés, voûte en étoile, décoration exubérante…
A la fin du XVe siècle, un autre style architectural voit le jour : le gothique isabélin, en référence à la reine Isabelle la Catholique, à mi-chemin entre l’art gothique et l’art Renaissance. Il se reconnaît par l’utilisation des épigraphes, des motifs héraldiques, un fin travail de la pierre, et une ornementation exubérante. Parmi les plus belles réalisations, on peut citer la Chapelle royale de Grenade, ou le Palacio de Jabalquinto à Baeza.

La Renaissance

Dans la continuité du style isabélin, arrive le style plateresque : les sculptures qui recouvrent les façades sont si riches et fines qu’elles rappellent le travail des orfèvres, les plateros en espagnol. L’hôtel de ville de Séville, réalisée par Diego de Riaño, en est un des plus beaux exemples.
Mais les idées de la Renaissance italienne font leur chemin en Espagne, avant de s’exporter en Amérique latine. Deux petites villes servent de "laboratoire" : Baeza et Ubeda, toutes deux classées au patrimoine mondial de l’Unesco, qui regorgent de magnifiques palais et d’édifices publics remarquables.
Plusieurs architectes marquent cette époque : Diego de Siloé dessine les plans de la cathédrale de Grenade et de Malaga, tandis que son disciple, Andrés de Vandelvira (1509-1576), érige la cathédrale de Jaén. L’architecte Pedro Machuca, qui a étudié en Italie, réalise le palais de Charles Quint à l’Alhambra de Grenade. Juan de Herrera, très proche des canons italiens, est l’auteur des Archives des Indes à Séville.

Le Baroque

Autre style né en Italie qui se diffuse dans toute l’Europe et en Espagne aux XVIIe et XVIIIe siècles : le baroque, style de l’exagération et de la grandiloquence. A l’heure de la contre-réforme, le sentiment religieux est exacerbé comme le reflètent la cathédrale de Cadix, l’église San Salvator de Séville, ou le retable de l’église del Carmen à Antequera. Les façades des cathédrales sont remises au goût du jour, notamment celle de Grenade dessinée par Alonso Cano et celle de Jaén par Eufrasio López de Rojas.
Et les artistes andalous se distinguent en adoptant ce style à leur façon : ainsi, l’architecte Churriguera donne son nom à un style (churrigueresque) qui pousse le baroque à l’extrême et affiche une abondance d’éléments décoratifs sur les façades, les portails, les retables. Il est particulièrement prégnant dans la ville de Priego de Córdoba.

L’époque moderne

Séville, la capitale andalouse, profite de deux événements majeurs pour se renouveler au XXe siècle. En 1929, l’Exposition ibero-américaine laisse des traces dans toute la ville : le casino est devenu le théâtre Lope de Vega, le pavillon du Maroc a pris place dans un parc, le pavillon du Chili sert d’école d’arts appliqués… Et bien sûr il y a la très belle Place de l’Espagne, conçue par l’architecte Anibal Gonzalez, qui était aussi architecte en chef de l’Exposition.
En 1992, c’est l’Exposition universelle qui redonne un coup de fouet à l’architecture andalouse. De nombreux chantiers sont entrepris : aménagement des rives du Guadalquivir, construction de ponts, amélioration des infrastructures, inauguration du théâtre de la Maestranza… L’architecte Antonio Vázquez de Castro construit le "World Trade Center andalou", Francisco Javier Sáenz de Oiza imagine la tour Triana, qui abrite des bureaux administratifs. Certains pavillons sont reconvertis, comme celui du CIO transformé en discothèque ou celui de Porto Rico repris par la Poste.
Pour les amateurs d’architecture ultramoderne, on pourra aussi citer le Metropol Parasol de Jürgen Mayer-Hermann, toujours à Séville.

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