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Picasso, le génie d’un siècle
Par Sandrine Bavard

S’il fallait n’en retenir qu’un, ce serait peut-être celui-là : Pablo Picasso.
Prolifique et révolutionnaire, le génie espagnol a marqué à jamais l’art du XXe siècle.

Né le 25 octobre 1881 à Málaga, Pablo Picasso a de qui tenir. Son père, José Ruiz Blasco, est conservateur du musée municipal de Málaga et enseigne le dessin aux beaux-arts. Il encourage son fils à peindre dès son plus jeune âge et celui-ci réalise à 15 ans sa Fillette aux pieds nus, qui témoigne déjà d’un grand coup de pinceau.
L’adolescent entre alors à l’École de la Llotja à Barcelone, puis passe par l’Académie des beaux-arts San Fernando à Madrid. Le jeune homme fréquente ensuite le cabaret Els Quatre Gats, créé sur le modèle du Chat Noir et de la vie de bohème à Paris : il y rencontre artistes et intellectuels tels que Miguel Utrillo, Jaime Sabartés, Ramón Casas, Manolo Hugué, Nonell, Sunyer…

A Paris, la période bleue

A même pas 20 ans, il monte à Paris avec son ami Carlos Casagemas pour présenter Derniers moments à l’Exposition Universelle de Paris de 1900. Tandis que Picasso profite de sa nouvelle vie sur la butte Montmartre, Casagemas sombre dans la dépression et se suicide un an plus tard en 1901.
Très affecté, Picasso entre dans sa période bleue, qui reflète sa mélancolie, sa tristesse et le dénuement dans lequel il vit.
Il visite l’hôpital Saint-Lazare pour observer les malades, peint des pauvres, des mendiants, des marginaux, des personnalités faméliques, inspiré par Le Greco qu’il admire. Il peint notamment La Mort de Casagemas, L’Autoportrait bleu, ou La vie et dévoile ses toiles chez Berthe Weill connue pour être à l’avant-garde parisienne.

Les Demoiselles d’Avignon, premier choc pictural

Sa palette se réchauffe progressivement à partir de 1904, année où il fait quelques rencontres déterminantes : André Salmon, Guillaume Apollinaire et surtout Fernande Olivier qui deviendra sa compagne pendant sept ans.
Il réalise des toiles plus joyeuses qui dévoilent son amour du cirque comme Les Saltimbanques ou qui célèbrent tout simplement la vie comme Maternité.
A Paris, son esprit est stimulé par ses découvertes : les sculptures ibériques et africaines, les peintres Cézanne et Gauguin, et par les rencontres : Matisse, Braque, Derain…
Il en découle un chef-d’œuvre, Les Demoiselles d’Avignon (1907), l’acte fondateur du cubisme, "le premier tableau de l’art moderne" selon Pierre Daix, ami et spécialiste de Picasso.

La période cubiste

De 1907 à 1914, Pablo Picasso et Georges Braque peignent des paysages, des figures, des objets vus sous un angle géométrique et décomposés en une multitude de cubes. De nombreux peintres suivent le mouvement : Juan Gris, Francis Picabia, Brancusi…
Une saine émulation qui conduit à de nombreuses innovations : Picasso introduit des lettres, des chiffres ou des mots sur ses toiles, réalise son premier collage (Nature morte à la chaise cannée, 1912), assemble divers éléments tout faits comme un paquet de tabac et une carte de visite, découpés et reconstitués, avec Bouteille de Bass et carte de visite (1914), passe à la construction avec ses guitares en carton. Il commence aussi à exposer à New-York et Berlin.
Pendant la Première guerre mondiale, Picasso découvre les ballets russes et sa future femme, la danseuse Olga Kokhlova, en travaillant aux décors et costumes d’un ballet.
Dans les années 20, il revient à un certain classicisme : Trois femmes à la fontaine (1921), Deux femmes courant sur la plage (1922), La Flûte de Pan (1923)…

Des expériences tous azimuts

A partir de 1925, Pablo Picasso peint des tableaux de plus en plus violents, représentant des figures difformes, comme La femme dans un fauteuil (1926), inspirés par les surréalistes.
L’artiste multiplie les expériences : des sculptures en fer forgé en collaboration avec Julio González, des tableaux-reliefs recouverts de sable, des sculptures à texture moulée, des têtes sculptées en nombre…

Un artiste de plus en plus engagé

L’artiste qui vit en France n’oublie pas son pays natal, l’Espagne, où il fait de fréquents voyages. Dans les années 30, il peint beaucoup la corrida et le minotaure, les fusionnant même dans ce qu’il appelle la "minotauromachie".
Lors de la Guerre civile, Picasso soutient les Républicains espagnols et réalise à leur demande peut-être son plus célèbre tableau, Guernica (1937), qui témoigne de l’horreur des bombardements de cette ville du pays basque. Une charge féroce contre la barbarie. L’homme se politise de plus en plus et adhère au parti communiste en 1944 : "J’ai conscience d’avoir toujours lutté pour ma peinture, en véritable révolutionnaire. Mais j’ai compris maintenant que cela même ne suffit pas ; ces années d’oppression terrible m’ont démontré que je devais me battre pour mon art, mais de tout moi-même...", dit-il dans un article paru dans l’Humanité (note 1).

Ses années dans le Midi de la France

Après la guerre, Picasso s’installe sur la Côte d’Azur. Il réalise des œuvres pacifistes, et sa colombe sera d’ailleurs choisie par Aragon pour l’affiche du Congrès de la Paix à Paris en 1949.
Le peintre édifie son "temple de la paix" dans la Chapelle de Vallauris, qui abrite son œuvre La Guerre et la Paix.
Picasso, toujours aussi prolifique, entame de nouvelles expériences, notamment une intense activité de céramiste à la poterie Ramié de Vallauris.
Il dialogue avec les grands maîtres en revisitant leurs œuvres : Delacroix, Manet, Vélasquez
Il continue la sculpture, constituant un drôle de bestiaires avec des objets récupérés.

Un héritage immense

En 1966, une grande rétrospective de son œuvre a lieu aux Petit et Grand Palais à Paris. Les plus grands musées du monde se l’arrachent : Tate Gallery à Londres, Museum of Modern Art de New York pour ne citer que ceux-là…
Mais l’artiste continue ses pieds de nez : il refuse la Légion d’honneur et fait encore scandale avec ses dernières œuvres.
Picasso reste prolifique jusqu’à sa mort, le 8 avril 1973 à Mougins, à la suite d’une embolie pulmonaire. La commune refuse l’inhumation de ce "communiste milliardaire", finalement enterré dans le parc du château de Vauvenargues dans les Bouches-du-Rhône. Le nonagénaire laisse derrière lui un héritage immense de près de 50 000 œuvres. Une véritable mine d’or.

1 http://www.humanite.fr/node/403046

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