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Salvador Dali : les audaces d’un génie
Par Sandrine Bavard

L’homme à la célèbre moustache a été l’un des plus brillants représentants du courant surréaliste, sans doute le plus connu du grand public, avec ses montres molles, ses girafes en feu, ses femmes-tiroirs... Un esprit libre et volontiers provocateur qui aura marqué son siècle de son génie.

Dalí n’aura de cesse de le répéter tout au long de sa vie : "Je ne suis pas fou". Mais il avoue volontiers sa "loufoquerie congénitale". Narcissique et mégalomane, il entretient lui-même son mythe tout au long de sa vie : "Comme mon propre nom de Salvador l’indique, je suis destiné à rien moins que sauver la peinture moderne de la paresse et du chaos", écrit-il dans "Journal d’un génie", sa seconde autobiographie.

Salvador est un nom plus difficile à porter qu’il n’y paraît. C’est celui de son père, mais aussi celui de son frère décédé, que ses parents considéraient comme un génie : Salvador, le survivant, qui a beaucoup lu Freud, y attribue ses troubles psychiques et ses obsessions morbides. Couvé par ses parents, Dalí est un enfant-roi avant l’heure, une personnalité originale, qui s’affirme "impressionniste" dès ses 10 ans et n’a donc pas besoin d’un professeur de dessin…

A cette période, il peint les paysages qu’il a sous les yeux : Figueras où il est né en 1904, Cadaqués où il passe tous ses étés, la plaine de l’Ampurdan. Viscéralement attaché à cette région, la côte catalane et les paysages désertiques serviront de toile de fond à toute son œuvre, avec ces rochers déchiquetés et anthropomorphiques qui lui inspireront toutes les excroissances, les ossifications, les fossiles de son œuvre à venir.

Une exploration du rêve et de l’inconscient

En 1921, il entre à l’Institut San Fernando, l’Ecole des Beaux-Arts de Madrid : il en est expulsé par deux fois, la première pour avoir incité à la rébellion ses camarades, la seconde pour avoir contesté la compétence de ses professeurs. Au cours de cette période, l’étudiant approfondit ses connaissances en sculpture, dessin, peinture, gravure, s’imprègne des courants avant-gardistes (divisionniste, cubiste, futuriste, puriste...).

Le dandy se lie d’amitié aussi avec Luis Buñuel et Federico García Lorca, étudie avec eux les textes psychanalytiques de Freud, nourrissant son œuvre qui explore le monde du rêve et de l’inconscient. Sur la toile, il projette ses fantasmes et ses angoisses de jeune homme encore innocent, avec des titres aussi explicites que Désirs inassouvis, Jeu lugubre, Le Grand Masturbateur...

Dans le cercle des surréalistes parisiens

Joan Miro, déjà célèbre, le prend sous son aile, et le présente au tout Paris. En 1929, "Un chien Andalou", film surréaliste qu’il a réalisé avec Buñuel, est projeté : "Un poignard en plein cœur du Paris spirituel, élégant et cultivé", jubile Dalí.

Il fréquente le cercle des surréalistes : Hans Arp, Max Ernst, Yves Tanguy, René Magritte, Man Ray, jusqu’à être adoubé par son leader André Breton qui déclare : "L’art de Dalí, jusqu’à ce jour le plus hallucinatoire qu’on connaisse, constitue une véritable menace. Des êtres absolument nouveaux, visiblement mal intentionnés, viennent de se mettre en marche".

C’est aussi à cette période qu’il tombe follement amoureux de Gala, l’épouse d’Eluard, que certains jugent castratrice et nymphomane : elle devient sa femme, sa muse, sa protectrice.

La méthode "paranoïaque-critique"

Dalí commence alors la période de sa vie la plus féconde sur le plan artistique, celle de la méthode "paranoïaque-critique", qui vise à rendre l’irrationnel concret. Le peintre signe des toiles qui font date : Persistance de la mémoire, plus connue sous le titre "Les Montres molles", L’Angélus architectonique de Millet, L’Énigme de Guillaume Tell, Métamorphose de Narcisse .... Il développe un langage qui lui est propre : images à double sens et obsessions récurrentes tels que les béquilles, fourmis, éléphants, œufs, tiroirs... Ses lubies, notamment sa fascination pour Hitler et pour l’argent, dérangent néanmoins les surréalistes qui le rebaptisent "Avida Dollars" et l’écartent du mouvement.

Fasciné par la religion et par la science

Pendant la Seconde guerre mondiale, Dalí et Gala vivent aux Etats-Unis. De retour en Espagne en 1948, l’artiste annonce l’avènement du "néomysticisme" : un nouvel art qui remet le sacré au cœur de l’œuvre et qui revient au classicisme des grands maîtres (De Vinci, Michel-Ange, Vélasquez, Vermeer...), mais bien ancré dans son temps. "Sismiquement ébranlé" par les bombardements nucléaires, Dalí se passionne en effet pour les atomes et la physique, avec des images éclatées, des objets en apesanteur. L’exemple parfait est la Tête raphaélesque éclatée, visage d’une madone atomisée, peinte en 1951.

Une curiosité insatiable

Dalí, qui déclare posséder "la curiosité universelle des hommes de la Renaissance", n’est pas l’homme d’un seul médium. Il a tout fait ou presque : sculpture, photographie, cinéma, créations de bijoux, de costumes, de décors, jusqu’à la scénographie de vitrine pour des grands magasins. Il a testé de nombreuses découvertes techniques de son temps : l’holographie, la stéréoscopie, le monocle électrocular...

Il s’est approprié des grands courants du XXe siècle : expressionnisme, abstrait et pop art..., toujours avec sa touche personnelle. A l’instar d’un Warhol, il a compris ce qu’était la culture de masse : il s’est bâti son image de marque notamment avec ses moustaches, a tourné dans des publicités, vendu son nom à des produits, mis en scène sa vie, par appât du gain comme de la célébrité.

Un musée de son vivant

Pour ses 70 ans, l’artiste réalise un rêve : un musée à son nom, dans sa ville natale : le Teatro-Museo Dalí, inauguré en 1974, qu’il a conçu dans les moindres détails et qui est une œuvre d’art à part entière. Une véritable plongée dans la pensée du maître du simulacre, qui joue sans cesse avec la perception des spectateurs. Le corps embaumé de Salvador Dalí, mort en 1989, repose sous le dôme, au milieu du musée.

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