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Siècle d’or : quand le génie artistique de l’Espagne domine l’Europe
Par Sandrine Bavard

Don Quichotte de Cervantès, Les Ménines de Velasquez, la cathédrale de Grenade ? Autant de trésors qui nous viennent du siècle d’or espagnol, une période de domination politique et de rayonnement culturel sous le règne des Habsbourg, entre les XVIe et XVIIe siècles.

On ne peut délimiter très précisément le siècle d’or espagnol, mais on le fait commencer en général après 1492. Une date qui bouleverse la cartographie du monde avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, ouvrant la voie aux conquistadors qui ramèneront des flots d’or. Une date où Antonio de Nebrija publie la grammaire castillane, la première grammaire d’une langue vernaculaire écrite en Europe. Une date, enfin, qui marque aussi l’unification de l’Espagne avec la prise de Grenade, ultime bastion de l’Islam, par les rois catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon.

Leur petit-fils, Charles Quint, élu empereur du Saint Empire en 1519, est à la tête d’une puissance politique, économique, et culturelle : c’est tout simplement le monarque chrétien le plus puissant de la première moitié du XVIe siècle. Son empire colonial est immense : il s’étend aussi bien sur le royaume de Naples que sur les provinces des Pays-Bas ou sur les nouvelles terres d’Amérique. Le rayonnement culturel de l’Espagne est alors très grand dans tous les domaines : architecture, sculpture, peinture, littérature, musique… Ses successeurs, de Philippe II à Philippe IV, poursuivront intensément l’œuvre des Habsbourg.

L’expansion de l’architecture en Andalousie

Le premier des arts à profiter de cette époque bénie est l’architecture, marquée par les idées humanistes italiennes et le style Renaissance qui gagne toute l’Europe, et qui s’exporteront bientôt vers le Nouveau monde. Elle se développe sous le règne de Charles Quint, qui tient particulièrement à marquer l’Andalousie reconquise de son empreinte. Il se fait construire un palais sur la colline de l’Alhambra à Grenade réalisé par l’architecte Pedro Machuca : une touche italianisante dans cet univers mauresque !

C’est aussi à cette époque que sont construites les magnifiques cathédrales d’Andalousie : Grenade, Malaga et Jaén. Et que dire des petites villes d’Úbeda et Baeza, deux musées à ciel ouvert, qui ont été rénovées au XVIe siècle, toujours dans l’esprit de la Renaissance, aujourd’hui classées au Patrimoine mondial de l’Unesco ?

Séville, qualifiée de nouvelle Babylone par Cervantès, port des Amériques, devient la quatrième ville d’Europe : on y aménage la fameuse promenade de l’Alameda de Hercules, on y fait construire des bâtiments remarquables, comme l’Audiencia, ou le Consulado de Mercaderes, devenu Archives des Indes.
Les architectes et sculpteurs façonnent les villes et les églises : on peut citer Diego de Siloé à Burgos et Grenade, Andrés de Vandelvira à Úbeda et Jaén, Gregorio Fernández à Valladolid, Martinez Montañes à Séville.

Madrid devient le centre de la péninsule

Philippe II, fils de Charles Quint et grand mécène, prend alors une décision qui va transformer le visage de l’Espagne : il transfère en 1561 la cour royale de Tolède à Madrid. La ville est prise dans une fièvre constructrice : on élève des églises, des couvents et nombre d’autres édifices.
C’est à cette époque qu’est aménagée la Plaza Mayor, la place emblématique de la capitale, où se tenaient bûchers de l’Inquisition, corridas ou spectacles. Elle est l’œuvre de Juan Gómez de Mora, maître des œuvres royales, qui réalisa également une façade monumentale pour l’Alcázar royal ou encore la Cárcel de Corte, l’actuel palais de Santa Cruz.
Philippe II passe aussi commande d’un monastère-palais, l’Escurial, à 45 km de Madrid, réalisé dans un style sévère, qui abrite aujourd’hui nombre de chefs-d’œuvre.

La peinture, du maniérisme au baroque

De Philippe II à Philippe IV, la cour royale attire bon nombre d’artistes, qu’ils soient des visiteurs étrangers de passage comme le Flamand Rubens, ou des maîtres espagnols profitant de la bienveillance royale. A condition toutefois de partager les opinions du roi sur la religion et la contre-réforme…
El Greco, maître du maniérisme, après un séjour en Italie, débarque à Tolède, où il répond à des commandes royales et religieuses, dont le célèbre Enterrement du comte d’Orgaz pour l’église Santo Tomé. Ses vues de Tolède, où le paysage devient le sujet et non un simple décor, auront une grande influence sur les autres peintres d’Europe.
Diego Velasquez, peintre de la cour, d’un réalisme saisissant, réalise essentiellement des portraits du roi, de sa famille et des grands d’Espagne, dont la célèbre toile Les Ménines. Le « peintre des peintres », selon Manet, contribua à l’essor de la peinture baroque espagnole en Europe.
Ami de Velasquez, Francisco de Zurbarán, développe lui un art sombre et sévère, une œuvre religieuse empreinte de mysticisme, emblématique de la Contre-Réforme. On pourrait en citer bien d’autres : Alonso Cano, Francisco Pacheco, Luis de Morales, Juan Fernández Navarette, José de Ribera…

La littérature et ses génies : Cervantès, Lope de Vega, Caldéron…

Que ce soit Séville ou Madrid, ces villes en plein essor attirent les marchands, les banquiers, les aventuriers, les « fripons », à l’image de ceux qui figurent dans les livres de Cervantès, Quevedo, Lope de Vega, Calderón, Tirso de Molina…
Un nouveau genre littéraire naît : le roman picaresque, popularisé dans toute l’Europe par Guzman d’Alfarache de Mateo Alemán, ou El Buscón de Francisco de Quevedo. Mais le roman des romans, c’est Don Quichotte de Cervantès, tout simplement considéré comme la plus grande œuvre rédigée en espagnol.
Le théâtre espagnol accouche lui aussi de grands génies, comme Lope de Vega, fondateur de la tragédie-comédie à l’espagnol et d’un théâtre populaire. Il aura une grande influence sur Caldéron, également auteur de bon nombre de comédies de cape et d’épée et du chef d’œuvre La vie est un songe.
Autre auteur de théâtre majeur, Tirso de Molina, le premier à avoir relaté les aventures de Don Juan, avant…Molière. Quant à Guillén de Castro, il raconte lui Les enfances du Cid, chevalier mercenaire et figure légendaire de la Reconquista, avant…Corneille.
La liste d’écrivains, poètes et essayistes de grande renommée est longue : Hernando de Acuña, Baltasar Gracián, Luis de Góngora, Luis de León…

Musique : la mainmise de la religion

La musique, comme la peinture, puise son inspiration dans la religion, et les compositeurs s’épanouissent dans le domaine de la polyphonie religieuse, comme Cristobal de Morales, Francisco Guerrero, Juan Vázquez, Alonso Lobo. Le plus connu est sans doute Tomas Luis de Victoria, compositeur devenu prêtre, qui compose des mélodies longues de caractère mystique.
Les Espagnols sont aussi les premiers à développer une musique instrumentale. Antonio de Cabezon donne un nouveau souffle à l’orgue ou d’autres instruments à touches comme le clavecin, et est réputé pour ses "tientos". Luis de Milán publie en 1536 le premier recueil de pièces de musique pour la "vihuela" et produira des partitions pour d’autres instruments à cordes pincées, comme la guitare classique.

Le déclin de l’Espagne

Le déclin de l’Espagne est amorcé dès le règne de Philippe III (1598-1623), marqué par des guerres et des banqueroutes. En 1659, l’Espagne subit un revers important avec la signature du traité des Pyrénées, qui met fin à la domination espagnole en Europe et consacre celle de la France de Louis XIV.

Repères chronologiques

  • 1474-1516 : règne de Ferdinand II d’Aragon
  • 1516 – 1556 : règne de Charles Quint
  • 1556-1598 : règne de Philippe II
  • 1598-1621 : règne de Philippe III
  • 1621-1665 : règne de Philippe IV

 

<p>la cathedrale de grenade</p>

<p>les 3 caravelles de christophe colomb : la pinta, la niña et la santa maria</p>

<p>le palais Charles quint dans l'alhambra</p>

<p>archive des indes à seville</p>

<p>palais de l'escorial</p>

<p>Les ménimes de Velasquez</p>

<p>don quijote de la mancha de Cervantes</p>

<p>philippe III</p>

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