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Les Nasrides, derniers rois musulmans d’Espagne
Par Sandrine Bavard

Les Nasrides ont fondé le royaume de Grenade qui s’est maintenu durant deux siècles et demi (1232-1492).
Un royaume prospère sur le plan économique, culturel et artistique. On leur doit notamment le Palais de l’Alhambra, un des trésors de l’Espagne.

Au Moyen Âge, l’Andalousie, comme une grande partie de l’Espagne, était musulmane. Et ce, depuis 711 lorsque le gouverneur de Tanger débarqua avec ses hommes sur les côtes sud de l’Espagne, jusqu’en 1492 quand leur dernier représentant, Boabdil, remit les clés de Grenade aux Rois Catholiques.
Soit sept siècles de domination et d’influence arabe dans la péninsule ibérique qui se sont achevés "en beauté" pourrait-on dire avec la dynastie nasride !

Une dynastie en marche

La dynastie nasride est fondée en 1238 par Muhammad ibn Yūsuf ibn Nasr (Muhammad Ier) qui unifie les territoires d’Arjona, Jaen, Grenade, Almería et Malaga, formant ainsi le royaume de Grenade, dernier bastion de l’islam en Espagne sur un territoire beaucoup moins vaste qu’avant.
Car dans le même temps, les chrétiens sont en pleine reconquête des territoires d’Al Andalous, la partie arabo-musulmane de l’Espagne : ils descendent toujours plus au sud, prennent plusieurs villes de la vallée du Guadalquivir, notamment Cordoue (1236) et Séville (1248), contrôlant ainsi toute l’Andalousie occidentale.
Après la perte de Jaen, Mohammed Ben Nasar se déclare le vassal de Ferdinand III de Castille et doit payer un tribut annuel. Fin négociateur, le premier souverain des Nasrides noue des alliances tantôt avec ses voisins chrétiens en Espagne, tantôt avec les musulmans au Maghreb, pour sauvegarder son royaume.

Une économie prospère

Le royaume de Grenade devient une terre de refuge pour beaucoup de musulmans qui fuient la domination chrétienne. Parmi eux, des savants, des artisans, des architectes, des agriculteurs, qui vont contribuer à l’essor du royaume de Grenade autant sur un plan économique que culturel et artistique.
Et ce petit royaume se porte bien comme le mentionne Sophie Boisseau dans son livre Espagne méditerranéenne : "C’est une civilisation brillante que le dernier acte de l’Islam andalou voit naître au XIVe siècle. L’Intrabétique, plaine fertile au cœur des reliefs, soutient une économie florissante basée sur une agriculture intensive et sur celle des petites vallées irriguées. Les musulmans entretiennent, avec l’ensemble du bassin méditerranéen, de fructueuses relations commerciales qui reposent sur un artisanat de qualité (cuir, soie, poterie émaillée…)".
Les artisans et commerçants arabes et juifs s’installent dans le quartier de l’Albaicin, qui s’est considérablement développé au XIVe siècle et qui est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
En flânant dans ses ruelles et sur ses petites places, on peut encore voir des vestiges de cette époque : Casa de la Reina, Corral del Cambon, cour de la mosquée devenue la collégiale San Salvador et des aljibes, des citernes souterraines conçues par les arabes pour stocker l’eau.

L’Alhambra, le palais des rois nasrides

Mais le véritable joyau de Grenade, c’est bien sûr l’Alhambra, "la rouge" en arabe, un ensemble fortifié sur la colline de la Sabika, qui domine la ville de Grenade, édifié par le premier souverain nasride.
Ses successeurs, résidant dans le palais, ont embelli l’ensemble, désormais classé au patrimoine de l’Unesco, à chaque époque.
Muhammad III a fait construire la mosquée royale, un bain public et la porte du vin. On lui attribue aussi l’édification du Palacio del Partal, le plus ancien des palais de l’Alhambra.
Ismael Ier a fondé le Generalife, un palais d’été qui ressemble au Paradis tel que le décrit le Coran : un verger parsemé de jardins, où l’eau coule en permanence, les Nasrides maîtrisant parfaitement les systèmes de captation, de rétention et d’adduction de l’eau.

Les contributions de Yusuf Ier et Mohammed V

Le palais se métamorphose sous le règne de Yusuf Ier (1333-1354) et de son fils Mohammed V (1354-1391) à qui l’on doit la plupart des constructions visibles aujourd’hui.
Leur héritage est immense : rénovation de l’Alcazaba et des palais, agrandissement de l’enceinte fortifiée, création de la salle de Comares et de la Barque, construction de tours et de portes, notamment la Tour de la Captive qui est si richement décorée qu’elle fait figure de palais.
Et ce n’est pas tout : il y a encore la construction des édifices publics comme les bains, ou la madraza, la première université occidentale au style nord-africain. On leur doit encore la magnifique Cour des Lions ou la Cour des myrtes.

L’art nasride

Les artisans et artistes ont démontré pendant plus de deux siècles toute l’étendue de leur savoir-faire en ornant les palais, patios, fontaines et jardins de l’Alhambra.
Ils nous éblouissent encore aujourd’hui que ce soit à travers une dentelle de pierre, un travail très fin du marbre, l’agencement de leurs "azulejos", un placage de métal sur une porte ou leur excellence en matière de marqueterie.
Les Nasrides ont entre autres porté l’art du stuc, très présent dans le monde islamique, à son apogée : "L’Alhambra de Grenade [est] un ensemble monumental splendide et riche d’une grande variété de motifs minuscules. Le travail au moule permet en effet une grande minutie dans les œuvres et l’enchevêtrement des motifs : on parvient à une alternance parfaite de thèmes répartis sur deux profondeurs de taille, regroupés au niveau inférieur avec des jeux d’entrelacs et d’arabesques végétales stylisées (piments, glands, artichauts, jasmins...) et au niveau supérieur avec des galons décoratifs, des motifs géométriques et des épigraphes (cursive et coufique)", rapporte le site Qantara, expert du monde méditerranéen.

La chute en 1492

Mais la situation politique du royaume s’aggrave, en raison de luttes internes et de menaces extérieures. Le royaume nasride ne peut résister à la pression toujours plus forte du royaume chrétien : les dernières villes musulmanes tombent les unes après les autres : Ronda (1485), Málaga (1487), Baza (1489), Almería et Guadix (1489).
Le 2 janvier 1492, Boabdil, dernier roi Nasride, remet les clés de Grenade aux Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon.

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